Birdmonster, un exemple à suivre …

9 03 2008

… Ou quelles sont les possibilités offertes par Internet aujourd’hui, aux jeunes artistes pour percer dans le milieu de la musique.

On a parlé dans ce blog de nouveaux types de majors tels MyMajorCompany, qui s’appuient sur un financement provenant d’un système communautaire pour lancer un jeune artiste. Mais, malgré cette approche à la web 2.0, le principe de ce type de production reste assez classique. Il s’agit plus précisément de :

a)      Dénicher des talents, 

b)      Financer le lancement de ces talents, c’est-à-dire l’enregistrement d’une maquette ou la production de leurs albums… (un peu comme le ferait une capital venture pour une start up). Dans le cas de MyMajorCompany, le capital de lancement est mobilisé via une communauté de particuliers comme vous et moi.

c)      Assurer la distribution des titres produits,

d)     Mettre en place et gérer le marketing de l’artiste ou du groupe produit.

Néanmoins, n’y aurait-il pas un autre moyen pour un jeune artiste d’arriver à se faire connaître du public ? La puissance d’Internet et des outils informatiques actuels ne permettraient-ils pas à un jeune talent de court-circuiter le modèle établi par les majors et d’autofinancer son lancement ? Le cas échéant, comment ?

On l’a vu, l’initiative de Radiohead de distribuer en ligne son dernier album au prix souhaité par le client est louable mais ne fonctionne que pour un groupe au succès déjà bâti.

Alors, que penser de tous ces jeunes artistes qui tentent de percer via des plateformes de partage, telles que Dailymotion ou Youtube ? Leur méthode est-elle suffisante et efficace ?  

Je n’ai pas la prétention de pouvoir apporter une réponse exhaustive à cette question délicate. Mais je pense que l’exemple que je vais détailler ci-après et qui est tiré de l’excellent ouvrage de Chris Anderson[1], peut apporter des éléments de réponse.

birdmonster.jpg

 

Il s’agit de la remarquable ascension du groupe américain Birdmonster. Comme le souligne C. Anderson, ce groupe est un bon exemple de ce que les possibilités d’Internet peuvent apporter à un jeune artiste en soif de succès. En effet, la démarche suivie par le groupe est révélatrice et se résume de la façon suivante :

1-      Se faire connaître des propriétaires de bars et clubs

Comme tout nouveau groupe de rock, Birdmonster a débuté en luttant pour décrocher des mini-concerts et autres performances lives dans des clubs et bars. Mais au lieu de démarcher les propriétaires de ces lieux pour arracher un créneau de libre en tant que tête d’affiche, le groupe a eu la bonne idée d’utiliser le moteur de recherche Google : afin de dénicher les premières partie de « tête d’affiche » vacantes, les membres du groupe entraient les lettres TBA (To Be Announced) associées à des noms de clubs locaux. En effet, le planning des clubs est désormais très souvent disponible sur le net, mettant ainsi cette info à la portée de tous. C’est ainsi que le groupe a pu effectuer ses premières prestations en public.

2-      Constituer une communauté de fans

Mais attirer l’attention des propriétaires de bar n’est pas suffisant, il faut également attirer un public et constituer une communauté de fan. Pour cela, Birdmonster a fait sa promotion via du marketing online. Le groupe a notamment effectué du emailing afin d’inciter ses fans à s’inscrire comme « amis » sur sa page MySpace et a également mis en ligne quelques uns de ses morceaux, les date de concerts ou encore des photos de soirées.

Le groupe est également allé voir des radios Internet, qui n’ont pas les mêmes contraintes que les radios hertziennes traditionnelles, afin que celles-ci diffusent ses titres.

3-      Production et distribution

Birdmonster a ensuite pris l’initiative de s’autoproduire et d’enregistrer trois morceaux sur un mini album dans un studio d’enregistrement indépendant. Puis, le groupe est allé voir la société américaine CD Baby afin de lui faire écouter sa maquette. Pourquoi CD Baby ? Car elle vend via Internet et par consignation, des albums d’artistes indépendants. Plus particulièrement, CD Baby numérise l’album et transfert les morceaux numériques à des plateformes de musique en ligne, telles Itunes, afin qu’ils puissent être achetés et téléchargés en streaming comme n’importe quel autre morceau, hit ou non.     

Enfin, pour renforcer sa promotion, le groupe a également envoyé certains morceaux à différents blogs MP3. Obtenant de bonnes critiques sur certains d’entre eux, cette démarche a renforcé la visibilité de leur album.

4-      Moralité

Le nombre de fans du groupe grandissant, Birdmonster a été assez rapidement contacté par des managers de labels, afin de signer un contrat. Mais, chose étonnante, le groupe a décliné ces propositions en déclarant : « We’re not anti-label in principle, but the ratio of risk versus reward didn’t add up ».

Ainsi Birdmonster n’a pas eu besoin des services d’une major pour démarrer sa carrière.

En effet, le talent du groupe était déjà repéré par les fans via Internet et les enregistrements d’albums pouvaient être réalisés à faible coût directement chez les membres du groupe. Il ne leur restait alors plus qu’à assurer la distribution de leur album en ligne, via des sociétés comme CD Baby ou Cinderblock pour atteindre des plateformes telles que I-tunes, Rhapsody … Rien qu’en utilisant des outils de marketing online gratuits (MP3 blogs, MySpace…) .

Un bon exemple à suivre …

 AGL


[1] The Long Tail, Chris Anderson, Editions Hyperion, 2006.

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Musiline: nouveau service musical orange

5 02 2008

Sans doute afin de concurrencer le partenariat de Free avec Deezer, Orange a lancé il y a quelques semaines un nouveau service de diffusion de musique appellé Musiline. Conçu en partenariat avec Lagardère Interactive, ce service réservé aux abonnés Orange rappellera de bons souvenirs aux utilisateurs de Pandora – une excellente « radio à la demande », malheureusement plus disponible en dehors des US – puisqu’il s’agit peu ou prou de la même idée.

 

Musiline

L’intérêt est ici de créer sa propre radio, en commençant par entrer le nom d’un de ses artistes favoris. Musiline vous joue une chanson de cet artiste, puis embraye en vous proposant d’autres morceaux supposés vous plaire; vous pouvez valider ou refuser chaque morceau proposé, ce qui conduit le système à affiner ses propositions afin de mieux cerner le style de musique qui vous convient. Impossible donc de répéter une chanson ou de choisir directement le morceau que l’on veut comme sur Deezer; il s’agit ici de découvrir de nouvelles chansons. Musiline propose également de régler plus précisément ses paramètres de diffusions, notamment en réglant la répartition des styles de musique ou des décennies musicales au sein de la playlist.

Abonné Orange, j’ai pu tester ce service et…le bilan est mitigé. Du côté des points positifs, la qualité sonore est plutôt très bonne, et le fondu entre les chansons est un plus agréable. Mais pour deux petites qualités, beaucoup de choses qui fâchent…ainsi, lors d’une recherche sur le musicien « Sufjan Stevens » (signé sur une maison de disque indépendante mais artiste aux ventes honorables), on me propose de choisir plutôt entre Cat Power et Steven Seagal. Les chansons proposées par le système n’ont pas vraiment de rapport les unes avec les autres, au contraire de Pandora qui respecte les rythmes, les tonalités et les styles. Les mêmes artistes reviennent assez rapidement (Mika, James Blunt…) quel que soit le style ou l’époque de la chanson de départ choisie. Enfin l’interface, un peu confuse mais sympathique, a une fâcheuse tendance à ouvrir des pop-up pour un oui ou pour un non.

Musiline permet aussi de partager ses « radios », une idée intéressante sur le papier mais qui risque de tomber un peu à plat étant donné les faibles possibilités de personnalisation existant actuellement. Pour financer tout cela, Orange envisage d’insérer de la publicité entre les morceaux; on peut également imaginer que les informations collectées sur les gouts musicaux des abonnés ne seront pas laissées de côté et pourraient permettre à l’opérateur de mieux cibler ses futures offres (payantes) de location ou de téléchargement de musique…

Un service plutôt décevant donc; même pour un abonné Orange, il est plus simple d’aller directement sur Deezer par exemple, qui dispose d’une interface dédiée à la musique (et non pas une page au sein d’un portail comme pour Musiline), de la possibilité de choisir le titre à écouter mais aussi d’un service appellé SMARTradio qui fait la même chose que Musiline, certes de manière moins personnalisable. L’intention est intéressante mais il y a encore du chemin à parcourir pour que Musiline devienne une vraie valeur ajoutée Orange et pas un gadget musical de plus. L’intégration avec Jukebox, le service de vente de musique en ligne du fournisseur d’accès va dans ce sens.





LA MUSIQUE EN 2008

28 12 2007

Le disque, c’est fini, on peut tous être producteurs. Et les vrais producteurs changent de modèle.

(Ceci est un extrait d’un article qu’on a fait à StreetReporters et que vous pouvez lire en entier ici.)
Tous producteurs. MyMajorCompany est à la musique ce que StreetReporters est à l’info. Son leitmotiv : « Music is Your Business ». Inspiré du modèle hollandais SellABand, ce label communautaire propose aux internautes de produire leurs chanteurs moyennant finances, et de récolter 30% des bénéfices.Le disque, c’est fini. « C’est intéressant, réagit Marie Kliszowski de Disc-Over, mais reste que l’expérience pilote SellABand en Hollande n’a pour l’instant produit que 8 artistes, avec 50.000 co-producteurs… Mais après, une fois qu’on a produit, il faut encore réussir à vendre, nous explique-t-elle. Et pour nous, à Disc Over, on ne croit pas que l’achat de musique, physique comme en ligne, suffira pour rémunérer les artistes. A terme, la musique, ça ne va plus vraiment se vendre… »
Plus fort que la production, l’édition. A Because Music (qui gère les Rita Mitsouko ou Manu Chao), on fait non seulement de la production mais aussi dans les éditions littéraires ou audiovisuelles des artistes. Encore mieux, la société a ses propres salles de concert à Paris (la Cigale, le Trabendo, la Boule noire). C’est le fameux « modèle à 360° », dans lequel l’éditeur rentabilise son investissement bien au-delà de la vente de disques : Il devient tourneur et organise des concerts, produit lui-même les clips, gère tout le merchandising de l’artiste : du t-shirt à la licence de marque. Madonna a ainsi quitté Warner pour être produite par Live Nation dont le métier de base était l’organisation de concerts. En 2008, on va essayer d’expliquer la musique à Olivennes. 2007 aura été l’année du décevant rapport Olivennes, qui préconise de couper l’accès au web aux internautes qui téléchargent. pourtant, la bête noire n’est pas « le gamin qui télécharge illégalement sur l’ordi de sa grand-mère », explique au Monde le fondateur de Because, Emmanuel de Buretel, mais les fournisseurs d’accès et les sites « qui se construisent sur le dos d’une autre industrie ». Reste que la distribution de la musique numérique est un chantier à part entière, auquel s’attaque par exemple la société Believe, qui à levé fin octobre 2 millions d’euros auprès d’un fonds d’investissement. En deux ans, la société a vendu plus de millions de titres sur internet et en téléchargements sur portables.