Vestine, une légende noire

20 07 2009

Sortie : octobre 2009, aux éditions Actes Sud, coll « D’une seule voix » Vestine, une légende noire, de Virginie Jouannet Roussel.

En 1994,  Virginie Jouannet-Roussel croise le chemin d’une enfant rescapée des massacres Rwandais. Amputée, ne sachant ni lire ni écrire, ne parlant pas français, Vestine vient d’arriver à Strasbourg. Il y a trois ans et demi, Vestine  demande à Virginie si elle veut bien écrire son histoire, et surtout raconter les cinq jours terribles durant lesquels elle a vu mourir les siens et où elle a été grièvement blessée.

Vestine

Une jeune femme noire, 27 ans environ est assise sur un canapé. A côté d’elle une jambe, posée sur un coussin.

Vestine mukagataré, « celle qui vient de la pierre » raconte pèle-mêle les vaches alsaciennes, Nine et ses drôles de cigarettes mauves, les règles de grammaire, la course pour ne pas mourir, la thérapie avec le bon docteur Bernstein, l’amputation, les trous dans sa mémoire pointilliste, les stigmates qu’elle porte gravée sur sa peau, les bébés rouges ou les corps carcasses…

Et le monologue jaillit, raconte, interpelle avec au cœur du récit, comme une plongée en apnée les cinq jours terribles où Vestine se perd dans l’enfer du génocide rwandais…

Extrait: « J’avais appris à parler français et c’est comme si les mots chassaient l’Afrique.  Je lisais Zola, Mon bel oranger, des histoires de Rois Louis, de Révolution Française; à la télé je regardais les pubs où des jeunes habillés comme des sacs rivalisaient en Nike, Adidas, Schott et j’embrouillais les marques, j’embrouillais le monde, un jour à baigner dans le sang des morts, un autre à rêver devant un paire de baskets vraiment trop cool.

A l’école –direct en CM1- une dame martelait que les plaques de dix forment une centaine, que le verbe fait l’action, que trois fois quatre égale douze. En Afrique, j’avais appris des choses qui n’existaient pas ici. Des choses violentes. Que la colère germe comme des petits haricots rouges dans le cœur des soldats. Que la mort frappe en plein jour, et qu’elle pue. »

« J’ai voulu aller sous la peau pour dire l’indicible, mêler la lumière au sombre pour raconter l’histoire vraie de Vestine. Il m’a fallu travestir un peu, prendre de la distance avec la Vestine intime pour aller toucher, chez moi et l’autre, la justesse d’une cadence, d’une voix. »

Virginie Jouannet Roussel